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Interact'Ifs et vous => Messages a classer => Discussion démarrée par: andre talpied le 06 Mai 2020 à 17:56



Titre: Les "néo-pseudo-experts"
Posté par: andre talpied le 06 Mai 2020 à 17:56
               Nos anciens disaient :"à chacun son métier..." . Aujourd'hui, il suffit parfois d'être devant une caméra pour "se sentir compétent" quelque soit le sujet traité. Deux exemples récents :
                Le président d'une grande puissance ,à niveau scientifique élevé (la puissance, pas le président) suggère que l'on injecte du désinfectant aux malades atteints par le Covid19.!!!
               Un journaliste-écrivain-animateur TV compare les propositions d'un microbiologiste-infectiologue reconnu (grand prix Inserm 2010)  à de la poudre à laver !!!
Pendant ce temps  : les soignants soignent et les chercheurs expérimentent. Ce sont EUX qu"il faut entendre avec confiance. Ils repousseront la maladie ....c'est leur métier. :)


Titre: Re : Les "néo-pseudo-experts"
Posté par: Denis LECLERC le 07 Mai 2020 à 13:23
Très juste.
Si l'on regarde l'évolution croissante des âneries des "célébrités", animateurs ou leaders politiques depuis 50 ans disons, le problème ne vient-il pas tout simplement des médias de masse, tv, internet, réseaux sociaux ?
Où est la solution ?


Titre: Re : Les "néo-pseudo-experts"
Posté par: Claude Douillard le 08 Mai 2020 à 10:10
Et oui , ma mère me le disait, "chacun son métier et les vaches seront bien gardées " on oublie les gens de terrain  qui travaillent,qui cherchent,   quelque soit le domaine;Maintenant la bonne parole , la science infuse, se sont les médias , les réseaux sociaux,   la pub, (combien de fois en temps que professionnel j 'ai entendu " je l'ai vu a la tété , alors c'est bien" et on ne tient pas compte de vos conseils professionnels
le pouvoir , c'est le politique, la finance,pas ou   plus le citoyen! d'ailleurs est ce que le mot citoyen a encore sa place dans  des partis ou groupe politique, même si c'est un mot a la mode , comme écologie , c'est bien de le mettre, mais on en tient pas compte .
On peut avoir une opinion sur tout,  mais maintenant on a surtout une opinion 


Titre: Re : Les "néo-pseudo-experts"
Posté par: Xavier le 09 Mai 2020 à 15:12
Le mot opinion me semble effectivement important pour situer les propos.
L'opinion s'assume à titre individuel. Elle peut tirer sa légitimité de savoirs, mais parfois aussi de croyances, d'informations plus ou moins fondées... L'opinion est attachée à la personne, son histoire individuelle et culturelle, ses valeurs.
L'information, les échanges, les débats aident chacun à se construire son opinion. Et il me semble voir une dérive dans la parole des journalistes, notamment à la télé, avec des propos d'éditorialistes plutôt que d'investigateurs. Il y a une déontologie sur les sources et les faits avant de donner une information et je trouve que certains s'en affranchissent en faisant passer leur opinion pour un savoir.

Dans ce moment, où notre vie quotidienne est définie par des conseils scientifiques, l'attente est forte d’affirmations qui donneraient clairement la marche à suivre, avec le mythe du scientifique qui sait. Mais ce n'est pas la réalité de la science où  le consensus naît de l'accumulation de plusieurs études avec des protocoles variés réalisés par des équipes variées. Et que ces études pour être publiées, doivent être relues par des pairs, qui vérifient la méthodologie, qui détectent les biais statistiques... Bref, il ne s'agit plus là d'opinions, mais d'un savoir assumé collectivement et légitimé par une justification rationnelle ouverte à la réfutation.


Titre: Re : Les "néo-pseudo-experts"
Posté par: andre talpied le 10 Mai 2020 à 16:35
Relevé dans "Sapiens" de Yuval Noha Harari (Albin Michel) ::
         "L'empressement à avouer son ignorance a rendu la science plus dynamique" ."Nos connaissances sont provisoires"  "La science moderne n'a pas de dogme; elle possède un noyau commun de méthodes de recherche qui reposent sur la collecte d'observations empiriques...
Quelques considérations qui devraient appeler plus d'humilité chez les "causeux"!!! Et n'oublions pas cette conclusion d'un sociologue populaire  : "ce n'est pas parce qu'ils sont plusieurs à avoir tort qu"ils ont raison  :)


Titre: Re : Les "néo-pseudo-experts"
Posté par: Gilles GENEVIEVE le 11 Mai 2020 à 15:33
Entièrement d'accord avec vous, André :
1. pas de dogme ;
2. la majorité n'a pas forcément raison ;
3. prévalence des méthodes empiriques ;
4. avouer son ignorance

Il me semble que l'ombre de Didier Raoult plane un peu sur cette discussion. Je ne sais pas s'il a raison ou tort, ni sur le fond, ni sur la forme. Là où je suis en accord avec ce qu'il dit, par contre, c'est que nous verrons ; qu'il est trop tôt pour tirer des bilans, que ce soit en terme statistiques, médicaux, pharmacologiques (pour info, vous l'avez vu, l'essai européen Discovery, présenté comme la réponse des "sachants" s'enlise un peu - on parle même de fiasco -, faute de volontaires, entre autres).

Là où Raoult a raison, aussi, me semble-t-il, c'est quand il recourt à une notion essentielle, pour moi : la sensibilité au contexte. Il dit, si j'ai bien compris, que telle règle médicale peut valoir dans un certain nombre de cas, mais qu'elle mérite d'être revue dans la situation de crise que nous traversons. Je pense d'ailleurs que les volontaires manquent pour participer à Discovery pour les mêmes raisons : leur refus de recevoir un placebo à la place d'un produit actif s'explique, dans un TEL CONTEXTE, où l'on répète à longueur de journée les nombres de cas, de décès, la gravité de cette pandémie - le terme n'est pas léger -.


Titre: Re : Les "néo-pseudo-experts"
Posté par: Xavier le 11 Mai 2020 à 21:10
Mon message précédent n’était peut-être pas clair mais l’ombre de Didier Raoult (microbiologiste-infectiologue reconnu) n’y planait pas. Non, j’échangeais sur les « néo-pseudo-experts » et je ne cherchais pas à contredire les autres contributions avec lesquelles je suis plutôt d’accord.

Le débat scientifique sur les antiviraux dont les médias se sont emparés n’oppose pas à mon sens, les « sachants » et les ???, mais est, à mon avis, un débat entre pairs. Certes, il y a peut-être des jeux de provocations et des enjeux de financement, mais je n’en ai pas les clés et, à vrai dire, cela ne fait pas partie de mes préoccupations actuelles.

Je suis d’accord avec le fait qu’il soit trop tôt pour tirer des bilans (peut-on être en désaccord ?). Mais, les décisions à prendre actuellement ont besoin d’éléments qui ne peuvent pas attendre l’étude statistique post pandémie. Les études qui aident à ces décisions conduisent à des publications (dont la structure est souvent : méthodologie de la collecte d’observations (empiriques), traitement des résultats, discussion, conclusion). Les décisions s’appuient sur ces études et, en même temps, nous construisons nos opinions en les étudiant. Pour ma part, la répétition par diverses équipes scientifiques, de diverses manières et dans différents contextes de conclusions concordantes leur apporte du crédit. Cela n’en pose pas un caractère véridique, mais cela lui apporte une légitimité. Cela reste bien évidemment réfutable ou pas forcément généralisable. Plus généralement, les connaissances scientifiques ont dans l’histoire ce cheminement par un consensus, même si la connaissance évolue et parfois avec des ruptures.  Ainsi, des lois physiques sont stables depuis longtemps, d’autres ont été amendées ou revues.


Titre: Re : Les "néo-pseudo-experts"
Posté par: Gilles GENEVIEVE le 12 Mai 2020 à 00:08
Le terme bilan n'est peut-être pas le plus approprié, mais il me semble bien que, dès le début, au plus haut (?) niveau de l'Etat, on nous a présenté cette épidémie comme "la pire crise sanitaire que la France ait vécue".  Or, cette affirmation péremptoire me semble devoir être relativisée. Sur ce point, je dis être en accord avec Raoult et quelques autres.

Récemment encore, l'INSEE parlait de cette période, mars-avril, comme présentant une surmortalité inédite. Mais qui dit que les semaines et mois à venir ne présenteront pas une sous-mortalité, les personnes les plus fragiles ayant été fauchées quelques semaines ou mois plus tôt que ce qui serait arrivé en temps ordinaire ; puisque, manifestement, ce sont les plus fragiles qui ont payé, et de loin, le plus lourd tribut (personnes âgées, et/ou victimes de co-morbidités et/ou obèses) ? En ce sens, parler de surmortalité en deux mois ressemble diablement à un bilan, qui, pour être vrai, ne mérite pas moins d'être, lui aussi, relativisé et revu, par exemple, en fin d'année.

Tous les jours, on nous annonce des décès, des hospitalisations, des millions de contaminations au niveau mondial.

Qu'il s'agisse de bilan ou d'angle de présentation des choses, les questions qui se posent, il me semble, sont les suivantes :

1. Quel effet ce catastrophisme a-t-il sur la population ? Bénéfique (on noircit le tableau pour persuader les braves gens de rester chez eux et de suivre les directives, pour le bien de tous), ou maléfique (on crée un stress inouï, celui-là, avec des conséquences qui peuvent être gravissimes, y compris en termes de santé publique : des soignants en EHPAD, par exemple, ont témoigné que certains de leurs résidents, faute de contacts avec leurs proches, se "laissaient glisser") ?

2. Sans vouloir jouer les complotistes (mais, d'une certaine manière, si on n'est pas un peu complotiste, on croit aveuglément nos gouvernants, et c'est pas idéal non plus), sans vouloir jouer les complotistes, donc, on peut aussi se demander si cet angle qu'on peut supposer choisi l'a été à dessein. Un seul exemple, parmi mille autres : parler des contaminations en valeur absolue a-t-il un intérêt ? A ce jour, 4 100 000 de personnes ont été testées positives dans le monde. Soit un ratio de 0.05% par rapport à l'ensemble de la population mondiale, sauf erreur. Parler en valeur absolue, et uniquement en valeur absolue, est un choix. Et ce choix ne m'apparait pas neutre.


Titre: Re : Les "néo-pseudo-experts"
Posté par: Xavier le 13 Mai 2020 à 19:24
Pour ce que j’ai compris, le confinement avait pour but d'endiguer l'épidémie de COVID-19 afin d’éviter un nombre d'hospitalisations et surtout d'admissions aux soins intensifs qui auraient saturé notre système hospitalier et conduit à des décès supplémentaires.

Une étude de l’Imperial College London (lien ici) (https://www.imperial.ac.uk/media/imperial-college/medicine/mrc-gida/2020-03-30-COVID19-Report-13.pdf) estimait que l'impact des mesures (isolement, fermeture écoles et universités, interdiction des rassemblements, confinement...) dans 11 pays européens évitait 59 000 décès en mars [95% credible interval 21,000-120,000].  

Une étude de l’EHESP de Rennes (lien ici)  (https://www.ehesp.fr/wp-content/uploads/2020/04/Impact-Confinement-EHESP-20200322v1-1.pdf) estimait qu’un mois de confinement (du 19 mars au 19 avril) avait permis d'éviter près de 590 000 hospitalisations, 140 000 admissions en soins intensifs en France et plus de 60 000 décès à l'hôpital (ce qui correspond à une réduction de plus de 80 % du nombre total de décès).

Les modèles de cette étude ont été sujets à discussion, notamment sur le choix de paramètres, mais cela ne remet pas en cause le fait que le confinement ait sauvé un grand nombre de personnes.

Certes, ce nombre va être réinterrogé par les décès que le confinement va engendrer. Le ministère de la santé a annoncé que les consultations chez les médecins spécialistes avaient baissé de moitié, The Lancet que le nombre de greffes d’organes avait baissé de 90%....

Et d'accord avec vous sur les interrogations que posent la communication sur l'évolution de la pandémie.


Titre: Re : Les "néo-pseudo-experts"
Posté par: Gilles GENEVIEVE le 14 Mai 2020 à 00:15
Comprenons-nous bien, je n'ai pas dit que les mesures prises n'étaient pas les bonnes. Je n'en sais rien. J'ai pour ma part respecté scrupuleusement le confinement. Et il semble bien que ces mesures ont permis d'abaisser le sommet de la courbe en cloche, qui montre le nombre de décès, d'admissions en réa ou à l'hôpital, voire de contaminations. Mais là, nous nous heurtons aussi à un problème économique. Aurions-nous eu besoin d'un tel confinement si notre système de santé avait été correctement dimensionné ? Un article de Libé, que j'ai cité sur le forum, semble affirmer le contraire (cf l'argumentaire que vous reprenez dans votre premier paragraphe). Autrement dit, si la puissance publique avait financé notre système de santé au lieu de le dégrader, financement que réclament les soignants à cor et à cris depuis des mois, voire des années, nos hôpitaux auraient peut-être été en mesure de faire face à la vague.

Les études que vous citez affirment que, en l'état actuel des choses, des dizaines de milliers de personnes ont été sauvées. Soit. Mais il est évident que des conséquences néfastes majeures sont à attendre, en Europe (chômage, paupérisation, surtout dans les classes sociales les plus fragiles, renoncement aux soins, etc.) mais aussi, peut-être surtout, ailleurs, en Afrique notamment. J'ai déjà eu l'occasion de dire ici que notre monde était d'une complexité grandissante, ce que nous voyons tous, et que nos actes peuvent avoir des conséquences différées de façon massive dans le temps et l'espace. La mise a l'arrêt de l'économie mondiale risque de causer une crise alimentaire majeure dont les premières victimes seront, encore, les populations les plus fragiles. Des nombres effarants ont circulé dans la presse ces dernières semaines : certaines ONG affirment que plus de 30 millions de personnes supplémentaires sont, à cause de la crise Covid, menacées par la famine en Afrique. Ils ne mourront pas tous, espérons-le. Mais même en considérant que 5% en décéderont, que pèsent nos 60000 miraculés : 25 fois moins. Bien sûr, il s'agit là d'un macabre décompte, encore hypothétique puisque, nous sommes d'accord, des bilans définitifs ne peuvent pas être tirés dès maintenant.

Je vois là un ruissellement à l'envers. En permettant aux ultra-riches d'accumuler des fortunes incommensurables - par le biais d'écarts de revenus iniques, par le biais de la fraude, de l'optimisation et de l'évasion fiscales - des états comme les nôtres se disent contraints de limiter les dépenses de santé (et d'éducation, et de culture, et de justice...). Notre appareil de soins étant de ce fait sous-dimensionné, il nous a fallu confiner et mettre notre économie à l'arrêt. Avec les conséquences que nous avons détaillées dans nos deux messages... Notre mécanique économique est une machine de mort.


Titre: Re : Les "néo-pseudo-experts"
Posté par: Gilles GENEVIEVE le 15 Mai 2020 à 12:31
Pour une fois, je suis d'accord avec lui.

"Coronavirus : Emmanuel Macron dit vouloir "mettre fin" à la "paupérisation" de l'hôpital. (France Info ce matin, 15/05/20).

Sauf qu'il lui aura fallu 27000 morts pour prendre conscience des choses.


Titre: Re : Les "néo-pseudo-experts"
Posté par: Xavier le 15 Mai 2020 à 18:17
Oui, "la mise a l'arrêt de l'économie mondiale risque de causer une crise alimentaire majeure dont les premières victimes seront, encore, les populations les plus fragiles" et en nombre bien supérieur aux victimes de la pollution (cf. Et si le coronavirus permettait d'épargner des vies ?).

Je ne partage pas la vision libérale du gouvernement actuel et il est facile d'en voir les ravages et les incohérences (mais aussi d'observer la résistance à ne pas changer quoi que ce soit). Pour la gestion de la crise et les décisions qui ont été prises, elles ne sont jamais les bonnes solutions, elles sont au mieux les meilleures solutions possibles.  Pour rappel, au mois de mars, les critiques étaient plutôt sur un retard pris dans la mise en place plus tôt de ce confinement. Et s'il n'y avait pas eu de confinement, comment une société attachée à sauver les vies, aurait pu vivre avec 5000 décès par jour et les scènes macabres qui vont avec ?

Par  ailleurs, pour critiquer les décisions, chacun garde ses clés de lecture. Certains y voient la conséquence de l'absence de frontières et réclament un repli identitaire, d'autres y voient les dégâts d'une Europe qui ne sait pas décider ensemble et où chacun tire la couverture à soi, d'autres les ravages d'une mondialisation "qui n'est pas heureuse",... Pour cette crise sanitaire, il est indispensable de débattre, d'apporter des critiques, d'analyser... Le temps et le recul feront aussi la part des choses. Chacun aura un peu raison, un peu tort, certains auront été pertinents, d'autres à côte du problème....


Titre: Re : Les "néo-pseudo-experts"
Posté par: Gilles GENEVIEVE le 16 Mai 2020 à 12:13
Je constate que nous sommes globalement d'accord.

1. Coronavirus vs pollution atmosphérique

Si nous avons les bons nombres (ce qui est loin d'être sûr), la crise Covid chinoise aura permis d'épargner plus de vies qu'elle n'en a coûté, et de loin. Apparemment, ce n'est pas le cas dans le reste du monde, effectivement. Mais, encore une fois, attendons les bilans à moyen terme.

2. Sensibilité au nombre de décès

Si je comprends bien, le nombre de 5000 morts par jour que vous citez correspond au nombre de décès dans le monde, depuis le début de la crise Covid (nous en sommes approximativement à 310 000 dans le monde, sur, disons, 60 jours minimum). Je ne suis pas sur que ces nombres nous soient insupportables. En revanche, la couverture médiatique inouie nous les rend insupportables. Or, ces décès diminuent, et vont continuer à le faire, très probablement.

Alors que la famine tue bien plus (25000 morts par jour), de même que ... la pollution de l'air (entre 20000 et 22000). Bien sûr, je le redis, ces comparaisons sont assez macabres, et les nombres sont fluctuants en fonction des sources : j'ai trouvé ceux-ci dans des articles du Monde et des Echos. Mais nous avons bien là affaire à des situations bien pires, et durables, sur des décennies. Sans que, a priori, ça n'empêche notre société de vivre. Et alors que ces hécatombes sont au moins partiellement évitables.

3. Les intérêts de la discussion

Je suis plutôt d'accord, également, avec votre dernier paragraphe.

Sur l'idée que chacun garde ses clés, ce qui pourrait signifier que personne n'est à même de changer d'avis ou, a minima, d'infléchir sa position, je ne serais pas aussi catégorique, même si j'ai l'habitude de dire que "Toute philosophie est autobiographique", ce qui est une posture nietzschéenne. J'entends par philosophie, d'une façon générale, le regard porté sur soi, sur les autres, sur le monde, et les rapports que ces instances entretiennent. Définie ainsi, la philo prend toute sa mesure, selon moi, dans ce que vous décrivez ; débattre, avoir un regard critique, analyser, prendre du recul. Et si toute philosophie est autobiographique, il est évident pour moi que nos parcours singuliers (culture, éducation, rencontres, lectures, ...) sont absolument déterminants dans cette construction. D'où les postures tranchées (Europe, mondialisation) que vous évoquez et qui, du coup, puisque nos biographies diffèrent, sont évidemment diverses. Mais je suis également certain que l'acceptation de la discussion construite, raisonnée, permet, en figurant dans ces parcours, d'ouvrir la porte à une évolution des choses, à une certaine forme de co-construction des postures. Et vous savez peut-être que cette vision de la discussion est essentielle pour moi, et m'a particulièrement amené à :

a) promouvoir et utiliser depuis des décennies, dans de nombreux contextes tant privés que publics, la discussion philosophique (j'en parle assez dans mes messages ici...) ;
b) participer à la création de ce forum et tenter de le faire vivre du mieux que je peux - sans y parvenir réellement

A ce propos et puisque, pour changer de sujet, les élections municipales vont finir par avoir lieu, ce forum, mis en place sous l'impulsion de l'équipe "Gauchard 1", en 2008-09, mériterait peut-être un remodelage. J'ouvre un fil en ce sens.


Titre: Re : Les "néo-pseudo-experts"
Posté par: Xavier le 19 Mai 2020 à 20:12
Juste pour préciser mes propos.

Sensibilité au nombre de décès
Je parlais de 5000 décès par jour en France. L'étude EHESP de Rennes base ses estimations du nombre de décès sur un dépassement du seuil des lits disponibles pour les soins intensifs. Le seuil est dépassé, d'après cette étude, à partir du 29 mars et le calcul court pour cette étude jusqu'au 19 avril (date de fin de leur recueil de données). Une vingtaine de jours pour une augmentation du nombre de décès estimée à 60000. Le 29 mars, il y avait 400 décès. Pour arriver à 60000 sur ces 20 jours en progressant tous les jours, le nombre journalier doit dépasser les 5000 à un moment....
Avec des décès liés à l'impossibilité de mettre en assistance respiratoire, couplés à l’absence de places dans des chambres, l’information morbide aurait été bien plus anxiogène que le décompte de Jérôme Salomon. Et il ne s’agit que des décès en hôpital.

Les intérêts de la discussion
Je ne pense évidemment pas que « personne n'est à même de changer d'avis » et je suis aussi « certain que l'acceptation de la discussion construite, raisonnée, permet, en figurant dans ces parcours, d'ouvrir la porte à une évolution des choses, à une certaine forme de co-construction des postures ». Cependant, dans tous les échanges, il peut y avoir une dérive à tirer tous les arguments et tous les faits vers sa position. Comme parfois, on ne retient que l’étude ou le fait qui va dans notre sens.

Mais, bon je suis d’accord avec vous vous sur le fait que nous sommes globalement d’accord, et les échanges ouvrent à d’autres regards et d’autres analyses.


Titre: Re : Les "néo-pseudo-experts"
Posté par: Gilles GENEVIEVE le 22 Mai 2020 à 14:58
Comme disent les spécialistes de psychologie sociale, le "biais de confirmation, qui nous amène à sélectionner parmi les informations et arguments échangés ce qui conforte et confirme notre point de vue" est un des risques qui guette tout échange. C'est probablement celà qui génère des "néo-pseudo-experts". Nous sommes d'accord. Mais beaucoup de psychologues sociaux (tous ?) en tirent aussi argument pour présenter la discussion construite et argumentée, qu'ils appellent parfois "débat contradictoire", comme moyen de s'en prémunir ou d'en atténuer les effets.

C'est de la discussion que nait la lumière...


Titre: Re : Les "néo-pseudo-experts"
Posté par: andre talpied le 22 Mai 2020 à 18:20
                                       Une lumière vers laquelle on se presse pour voir mieux et non pour briller    (emprunté à Nietzsche).
 Ce qui justifie ma "taquinerie" à l'encontre des néo-pseudo-experts!!


Titre: Re : Les "néo-pseudo-experts"
Posté par: andre talpied le 02 Juin 2020 à 17:33
                Le samedi 30 mai, sur un plateau de TV,cinq journalistes commentaient les déclarations "conte-attaque" du Pr Raoult.
 Sur fond de règlement de compte, les débats (?) ont tourné très vite à : "Paris= 1 ....Marseille= 0".
                Ni l'animateur, ni les journalistes n'ont évoqué les doutes exprimés par une centaine de chercheurs sur l'étude de "The Lancet".
Il aurait été objectif de signaler, également, que l'OMS rendra son opinion finale mi-juin..


Titre: Re : Les "néo-pseudo-experts"
Posté par: Gilles GENEVIEVE le 03 Juin 2020 à 11:07
Cette histoire, autour de l'étude très contestable du Lancet, est hallucinante, et pourrait déboucher sur des conséquences majeures :

1. la presse scientifique et, plus spécifiquement, les revues à comité de lecture, sont-elles indépendantes des lobbys, groupes de pression et autres laboratoires pharmaceutiques ? On peut maintenant en douter, comme le signalent de nombreux articles, prises de position d'un nombre grandissant de médecins, voire de rédacteurs de ces revues, etc.

2. quel crédit accorder à des interdictions, même provisoires, fulminées quelques heures après la publication d'une telle étude et sans que les personnes qui les ont initiées aient eu seulement, à l'évidence, le temps de l'étudier posément ? En s'arc-boutant sur des querelles de personnes, en refusant un traitement simple et peu coûteux avec des arguments si peu valides, le gouvernement prend des risques. Le professeur Christian Perronne – infectiologue à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches - pense ainsi que la politique gouvernementale pourrait être tenue pour « responsable d’un désastre évitable ».

Je vois dans cette situation une illustration supplémentaire du libéralisme mortifère que je dénonce depuis que j'ai une conscience politique, ce qui s'étale maintenant, je l'avoue, sur plus de 4 décennies.

Raoult, puisque vous en parlez André, a commis quelques erreurs (par exemple en minimisant un peu trop l'ampleur de l'épidémie à venir, avant qu'elle n'arrive vraiment en France et en délivrant une communication emprunte d'un ton parfois méprisant - même si ça tranche de façon réjouissante avec la langue de bois généralisée). Mais il a en sa faveur des arguments de poids :

a) il propose un traitement peu cher, qui ne lui rapporte rien, à lui ;
b) la courbe de l'épidémie répond parfaitement à ce qu'il en pensait voici deux mois : forme "en cloche", absence de rebond lors du déconfinement... ;
c) les pays qui ont adopté son traitement (Grèce, Maghreb, Portugal, par exemple) semblent avoir maitrisé leur taux de mortalité, là où la France a lamentablement échoué - même si, je le répète, on ne pourra tirer des bilans (sur ou sous-mortalité ?) qu'au fil des mois, les études statistiques à chaud étant percluses de biais, comme le site de l'INSEE l'explique bien ;
d) sa volonté de travailler en urgence, dans cette situation de crise, semble avoir été la bonne réponse. Les études pharmacologiques habituelles, si elles permettent de sécuriser l'emploi de médicaments en temps ordinaire, s'inscrivent dans une temporalité trop longue lors d'une épidémie. La preuve, la majorité d'entre elles ne vont délivrer leurs résultats qu'après la bataille - ou pas du tout ! Mais, dans l'intervalle, quid du sort des dizaines de milliers de malades qui n'auront pas pu bénéficier d'un traitement peut-être efficace ?

Le rôle d'un gouvernement et des institutions d'un pays comme le nôtre, est évidemment de protéger du mieux qu'il peut ses citoyens. N'assiste-t-on pas à l'inverse, au nom, peut-être, d'intérêts privés ?

Deux des innombrables articles sur la question :
https://www.parismatch.com/Actu/Sante/Coronavirus-L-etude-de-Lancet-sur-l-hydroxychloroquine-de-plus-en-plus-contestee-1687458 (https://www.parismatch.com/Actu/Sante/Coronavirus-L-etude-de-Lancet-sur-l-hydroxychloroquine-de-plus-en-plus-contestee-1687458)
https://www.parismatch.com/Actu/Sante/L-hydroxychloroquine-Victime-d-un-complot-1687305 (https://www.parismatch.com/Actu/Sante/L-hydroxychloroquine-Victime-d-un-complot-1687305)

On peut aussi utiliser #lancetgate


Titre: Re : Les "néo-pseudo-experts"
Posté par: Gilles GENEVIEVE le 04 Juin 2020 à 09:46
Chaque jour nous apporte de nouveaux épisodes du feuilleton #lancetgate. Je ne sais pas s’il y a un précédent, concernant une revue autrefois considérée comme sérieuse, mais je pense qu’on est devant un cas d’école, s’agissant d’une épidémie touchant un grand nombre de personnes. Jugez plutôt :
Le 2 juin, le Lancet publie une « expression de préoccupation » sur l’étude incriminée ce qui pourrait, à terme, se conclure par le retrait pur et simple de l’étude.
Le même jour, « l'Association of American Physicians & Surgeons (AAPS) intente une action en justice, AAPS c. FDA , contre la Food and Drug Administration pour mettre fin à son ingérence arbitraire dans l'utilisation de l'hydroxychloroquine (HCQ). De même, l'université de Minnesota déclare avoir engagé des poursuites juridiques à l'encontre de la société Surgisphere, qui a fourni les données utilisées dans l'étude très controversée du Lancet.
Le 3 juin, l’OMS annonce la reprise des essais cliniques sur l'hydroxychloroquine, les membres du Comité de sécurité et de suivi ayant estimé "qu'il n'y a aucune raison de modifier le protocole" de ces essais. Revirement à 180°, donc.
Voyons si, aujourd'hui ou dans quelques jours, O Veran va prendre une mesure allant dans le même sens, lui qui s'était empressé de prendre prétexte de l'étude en question pour interdire les essais en France. Mais, le pauvre, quoiqu'il fasse, il se déjuge : ça s'appelle se tirer une balle dans le pied. Ou il suit l'OMS, et il avoue s'être trompé en interdisant les essais ; ou il ne la suit pas, et on pourrait se demander pourquoi il s'aligne dans un cas et pas dans l'autre, ce qui ressemblerait très fort à une posture partisane. De là à penser que nous avons trouvé là le chef de file des néo-pseudo-experts, il n'y a qu'un pas.


Titre: Re : Les "néo-pseudo-experts"
Posté par: Gilles GENEVIEVE le 04 Juin 2020 à 23:20
Et ça continue :
3 juin à l'initiative de l'INSERM, les différents essais en cours réintroduisent les protocoles liés à l'hydroxychloroquine (quid d'Olivier Véran et du décret d'interdiction qu'il a promulgué ?)
4 juin : 3 des 4 auteurs de l'étude du Lancet se rétractent

Comme le conclut France-Soir : à qui profite le crime ?


Titre: Re : Les "néo-pseudo-experts"
Posté par: Gilles GENEVIEVE le 05 Juin 2020 à 07:10
Et, comme il fallait s'y attendre, le Lancet retire son article et présente ses excuses, dans une publication de "retractation".

(https://www.thelancet.com/lancet/article/s0140673620313246?utm_campaign=tlcoronavirus20&utm_source=twitter&utm_medium=social (https://www.thelancet.com/lancet/article/s0140673620313246?utm_campaign=tlcoronavirus20&utm_source=twitter&utm_medium=social))

Encore une fois, les évènements donnent raison à Didier Raoult, qui avait dénoncé une étude "foireuse" dès qu'il en a pris connaissance.

Nous sommes face à une fraude avérée, dont l'enjeu est la santé, voire la vie, de dizaines de milliers de personnes.

Répétons-le : à qui profite le crime ?